De mens als vreemdeling

Lolle Wibe Nauta

Research output: ThesisThesis fully internal (DIV)

Abstract

Camus, dans ,Le Mythe de Sisyphe', définit 1' a b s u r d i t é comme un dialogue entre l'homme et Ie monde, dialogue, ot I'homme réclame la raison d'être sans que son interlocuteur lui réponde. Dans ,L'Etranger', cependant, cette pensée ne se retrouve pas explicitemmt. Camus fait parler son personnage sans que celui-ci nous livre une image de sa personne. Le lecteur se trouve par lA dans une situation absurde. I1 est en état d'éprouver personnellement I'absurdité, c'est-A-dire le sens du non-sens. ,Caligula' et ,Le Malentendu' se completent l'un I'autre. 11s augmentent la tension des pôles du dialogue entre l'homme et le monde, dialogue sinon tout-à-fait interrompu, au moins continuellement troublé. Dans les deux pièces l'homme s'efforce A se délivrer de lui-même; dans ,CaligulaY en éprouvant sa subjectivité comme absolue, dans ,Le Malentendu' par un effort, non moins impossible, de se conformer au monde. Ici aussi, Camus fabrique de I'absurdité, pour ainsi dire, et l'organise par I'intermédiaire de l'oeuvre d'art quí, comme produit de l'homme, appartient au monde et se tait sur elle-même. L'absurdité chez Camus réside en premier lieu dans une rupture, une séparation des sens établis. Dans cette situation les autres sont absents. On ne voit pas leur visage, par opposition aux personnages des oeuvres ultérieures. En outre, à travers ces expériences de l'absurde, un désir ardent de l'unité se fait entendre, désir qu'on peut nommer religieux et qui n'est que l'effort continuellement interrompu de trouver une raison d'être. Chez Malraux aussi l'absence des autres caractérise I'absurdité. L'homme est livré A lui-même, parceque son existence est menacée par la mort et la souffrance. Chez lui comme chez Camus la disparition de la foi chrétienne traditionelle de l'immortalité a laissé un vide, qui n'est cependant pas rempli par une dialectique de désir d'unité et de l'expérience d'être déchiré, mais par des épreuves de puissance et d'impuissance. Ce n'est pas l'absurdité qui importe, mais la révolte de l'homme contre les puissances de l'absurde, qui Ie déhumanisent. Ainsi on peut distinguer deux sortes de personnages dans ,La Condition Humaine'. Au premier lieu il y a ceux qui se sont subordonnés aux puissances déhumanisantes, comme par exemple Tchen, fasciné, forcé de tuer; ils expriment Ie déficit humain. Au sujet des 315 individus de la deuxieme catégorie, Kyo et Katow par exemple, le lecteur obtient moins de connaissances prkcises, parcequ'ils n'existent qu'en ce qu'ils réalisent. 11s sont ce qu'ils font. Depuis ,La Condition Humaine' l'absurdité ne joue plus aucun rôle. C'est la révolte commune contre l'absurde qui prédomine alors et la protestation contre la foi chrétienne se dissipe devant des expériences spécifiquement religieuses. Non seulement l'agonie de Tchen - ,une extase vers Ie bas' -, mais encore l'extase de la solidarité, réalités d'un autre ordre, sont décrites en termes religieux. Der Prozess' et ,Das Schloss' de Kafka, ainsi que le dernier chapitre de son livre d'aventures ,Amerika', peuvent être conps comme des images polyinterpretables: ,Chaque clé ouvre une porte, sans qu'on pénètre jamais la place' (Dufrenne).' Dans une langue extrêmement précise, Kafka dresse un nombre de métaphores sans contexte, dont ie caractère est comparable? il a réalité du rêve. Dans ce monde, oh le jeu complexe des lignes se fige comme des mouvements de marionettes, Ie mot absurde ne figure pas, bienque tous les caractéristiques de l'absurdité soient présentes. Dans ces romans sens et non-sens ne se laissent pas délimiter. Le possible et l'impossible jouent un jeu captivant, dont l'issue reste indéfinie. Le lecteur du ,Prozess', se posant la question de la culpabilité de K., n'obtient pas de réponse. Le personnage principal du ,Schloss' Ie laisse dans l'incertitude quant h la signification profonde de ses actes. On peut considérer ici I'absurdité comme l'ambivalence se reproduisant continuellement, dont toute l'oeuvre est pénétrée comme d'un fluide, repoussant A la fois chaque interprétation métaphysique OU moraliste. Les interprétations psychanalytiques font justice A l'ambivalente du déroulement romanesque, h condition qu'elles ne fassent pas de l'auteur un esprit maladif. Kafka fut d'abord écrivain, parcequ'écrire était simplement pour lui la seule maniere de vivre, sans s'illusioner sur la beauté. En écrivant Kafka se trouvait dans une situation aussi absurde que religieuse. Absurde parcequ'il exigeait que son oeuvre le rende ?i lui-même, religieuse dans Ie sens formel du mot. Le sérieux dont use Kafka, en se confrontant avec lui-même dans ses récits, oh quelque chose qui ne peut être révélée, doit se révéler, reste sensible tout au long de son oeuvre. Schreiben als Form des Gebetes'. Le caractere des dieux qui figurent dans les trois romans, peut éclairer Ie fait, que, chez Kafka religion et absurdité sont synonymes. Ces dieux sont contingents. 11s n'existent pas en dehors de i'image, mais A l'intérieur de I'image, où ils se révelent par hasard. Pareils ?i des figures chancelants sur la 316 limite de l'existence, ils sont l'image du psychodrame de la situation. Ainsi, dans l'oeuvre de Kafka, ce qui lui est propre, est pénétré de ce qui s'y oppose, et inversement. L e s é t r a n g e r s qui sont au centre de ,Het Uur U', ,The Cocktail Party' et de ,L'Idiot', sont, en premier lieu, tous les trois des personnages religieux. L'intention de Dostoïevski dans ,L'Idiot' fut de refléter en Muichkine le Christ de l'évangile selon St. Jean. I1 incarne l'idéologie chrétienne et nationale de son auteur. Le docteur Reilly d'Eliot publie le message du salut chrétien. Dans le poème de Nijhoff des phénomènes eschatologiques rappellent des données bibliques. Cependant, ces personnages donnent à penser avant tout, parcequ'ils concentrent en eux-mêmes la tension de l'ouvrage, oh ils figurent, refusant de livrer une certaine quantité d'énigme, qui leu; est propre. Dans Het Uur U de Nihoff la tension se créé non par l'opposition du ,terrestre' au ,beau', comme dans ses ouvrages précédents, mais par Ie contraste entre ,l'ordinairea et ,l'extraordinaire'. Tout-à-cou~d ans une rue ordinaire i1 se Dasse des choses extraordinaires et l'homme qui passe par cette rue, et qui effraie les habitants. résume en lui les deux moments. I1 a Pair l'ordinaire, mais i1 n'est pas reconnaissable. On ne sait pas qui i1 est. I1 est un étranger paradoxal qui éloigne les hommes d'euxmêmes (les ,aliène') et i1 peut ainsi être le support de significations religieuses. Les interprétations qu'on lui donne sont arbitraire, pour autant qu'elles ne font pas justice au caractère étranger de son apparition, caractere caché par Ie poete d'une facon mkconnaissable dans la langue de tous les jours du poeme. Celia, dans The Cocktail Party, par qui Eliot a voulu donner un message chrétien à la pièce, n'est qu'un personnage secondaire. Le personnage principal c'est le docteur Reilly; i1 fait au commencement fonction de ,stranger' et se présente ensuite comme psychiatre et sauveur. I1 joue le rôle d'un homme qui est toujours un autre que le rôle qu'il joue. De cette façon i1 devient le centre intrigant de la pièce oh les hommes se dessinent prisonniers de i'imaee au'ils se sont faite d'eux-mêmes et d'autrui. Sa A fonction religieuse n'est pas paradoxale, mais elle est ambiguë. Muichkine, dans L'Idiot de Dostoievski a une fonction A double sens. D'une part sa compréhension mysterieuse fait se manifester dans les caractères autour de lui toutes sortes d'ambivalences. D'autre part, par sa bonté impuissante, i1 nourrit en. même temps les peines dont ils souffrent. C'est Muichkine seul qui pourra sauver Nachtachja des mains de ses ,amants méchants'; mais c'est aussi l'homme qui ne pourra pas l'épouser.
Original languageDutch
QualificationDoctor of Philosophy
Supervisors/Advisors
  • de Vos, H., Supervisor, External person
Award date22-Sep-1960
Place of PublicationGroningen
Publisher
Publication statusPublished - 1960

Cite this